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Mireille Blanc force le regard. Ses tableaux ne s’offrent pas d’un coup d’œil, il faut les regarder longtemps, de plus en plus longtemps. Et l’image que l’on croit discerner échappe insensiblement, laissant planer le doute sur des figurations contrariées. Depuis plusieurs années, elle travaille sur le surgissement d’images incertaines, sur leur ambiguïté. En ce sens Eugène Leroy pourrait être l’un de ses maîtres.
Pour instaurer une distance supplémentaire à ses sujets, Mireille Blanc prend pour modèle des photos, dont quelques-unes décantent d’ailleurs aux murs de son atelier. Ces images lui apparaissent dans des marchés aux puces et dans des albums de famille, ou bien elle les prend elle-même, au détour d’une rencontre avec un objet toujours intrigant, souvent dérangeant. Elle choisit des fragments pour effacer toute narration. Après en avoir dessiné les grandes lignes sur sa toile, Mireille Blanc met son sujet à l’écart, presque jusqu’à l’abstraction, mais jamais tout à fait. Quelques reflets peints, ainsi que des images dans l’image, indiquent parfois la présence de la photographie, filtre entre la réalité et la peinture.
Il y a quelques années Mireille Blanc peignait des figures humaines. C’est aujourd’hui leur absence qui est remarquable. Elle représente des objets dans un cadrage serré, sur un fond indéterminé. Légèrement surannés, ils évoquent souvent le folklore germanique (Mireille Blanc a grandi en Lorraine), mais sont aussi des objets banals et quotidiens. On reconnaît une statuette de la vierge, un bouchon de bouteille décoré, un gâteau d’anniversaire, un pot de céramique ou un manteau jeté sur un lit. L’artiste peint parfois d’après Manet, et l’on reconnaît l’inspiration des natures mortes de Chardin ou Morandi, et pour les contemporains, celle de Gérard Gasiorowski, Michael Borremans, ou encore Luc Tuymans.
Les sujets eux-mêmes induisent le petit format des toiles, dans l’intimité des objets. Mais plus les cadrages sont resserrés, plus ils semblent ouvrir des horizons, hors du champ de l’image. Ainsi, Mireille Blanc explore les chemins de la mémoire et de la réminiscence. D’ailleurs, elle peint ses tableaux d’une traite, en quelques heures, sans y revenir, peut-être baignée par l’immédiateté et la fugacité du souvenir. Ses œuvres semblent même construire une mémoire collective, presque universelle. Dans l’atelier, ses palettes sont toutes grises, peut-être la couleur du souvenir. On reconnaît, par certains aspects, l’influence de Lucian Freud sur son travail, non seulement dans les couleurs, mais aussi dans la touche épaisse et la matière tourmentée qu’elle dépose depuis peu sur ses toiles. Elle a quitté son ancienne manière faite de jus transparents.
Ses tableaux ne sont pas empreints d’ironie, ni vraiment d’humour, pas non plus de tendresse. Les objets y apparaissent de manière diffuse, tout en retrait, dans une délicate et implacable nécessité.
Anaël Pigeat
(pour le 56e Salon de Montrouge)
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LES FIGURES DE L'INCERTITUDE
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Je conçois mon travail comme une constellation de peintures, qui fonctionnent entre elles comme des éléments distendus, où le sens est contenu dans les béances laissées entre chaque peinture.
Je tente de réanimer les objets de la mémoire, des images-vestiges.
C’est une peinture indicielle, un univers fragmentaire, contre toute narration. Les éléments peints existent eux-mêmes dans une sorte de vide, d’isolement - d’indifférence. Il y a des glissements constants, des ambiguïtés entre la question du visage, de la figure humaine, et la nature morte. Les portraits, souvent détournés, fragmentés, masqués, tendent vers la choséité. Les choses appartiennent à un temps indéfini, un passé incertain. Ce sont les images de la finitude qui m’intéressent dans la nature morte (le périssable de ces objets qui contiennent leur propre mort).
Il y a une retenue des images : je tiens à rester énigmatique (les objets sont souvent incertains, à la limite de l’identifiable), à ce que la peinture ne se livre pas immédiatement, qu’un doute persiste. Cette notion de doute du visible m’intéresse : les choses se révèlent en s’obscurcissant - jusqu’à tendre vers une certaine forme d’abstraction. Il est question de la manière dont les choses apparaissent (d’une émergence, d’un suspens).
« Pour moi, il n’y a rien d’abstrait ; par ailleurs,
je pense qu’il n’y a rien de plus surréel et rien de plus
abstrait que le réel. » G. Morandi
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Dans la théorie financière, “The Black Swan” correspond à des évènements rares, difficiles à prédire et à fort impact bien au-delà du normal (The Black Swan, Nassim Nicolas Taleb, 2007). Ces évènements hautement improbables restent invisibles et on ne se rend compte du phénomène qu’après coup. Les psychologues nous apprennent que les êtres humains sont câblés pour retenir les détails alors qu’ils devraient appréhender les principes. Nous nous concentrons sur ce qui nous est familier et ne prenons pas toujours en compte l’inconnu. Ce décalage entre perception et véritable compréhension est le thème de cette exposition. A travers les peintures de Mireille Blanc et la vidéo d’Andres Laracuente, vous êtes invités à vivre cet instant si particulier pendant lequel l’invisible apparaît inévitablement et dramatiquement.
Texte de l’exposition The black swan
Galerie Yukiko Kawase, 2009
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